La criminalisation, au Sénégal, des relations entre adultes de même sexe légitime stigmatisation et persécution. Ceux qui dénoncent cette politique deviennent suspects d’être eux-mêmes homosexuels, tandis que le silence international renforce les autorités locales et relativise les droits humains.
Au Sénégal, la répression de l’homosexualité ne cesse de s’intensifier, plongeant de plus en plus de personnes dans un climat de peur et d’insécurité. Début février 2026, douze hommes ont été arrêtés à Dakar pour « actes contre nature », qualification utilisée pour criminaliser les relations entre personnes de même sexe, passibles de un à cinq ans de prison et d’amendes. La loi existe depuis longtemps. Son application se durcit.
Parmi les personnes interpellées figurent des figures médiatiques connues, comme l’animateur Pape Cheikh Diallo et le chanteur Djiby Dramé. Leur notoriété a immédiatement donné à ces arrestations une dimension spectaculaire. L’affaire est sortie du cadre judiciaire pour devenir un objet de débat public, souvent traité sur le mode du soupçon et de l’indignation morale. Des médias ont relayé les accusations sans distance critique, tandis que des groupes conservateurs s’en sont saisis pour réaffirmer leur hostilité à toute reconnaissance des personnes LGBTQ+. Dans plusieurs cas, les arrestations auraient reposé sur de simples dénonciations ou sur des éléments fragiles, et des informations relevant de la vie privée ont circulé dans l’espace public. Cette exposition contribue à installer une logique d’humiliation sociale qui dépasse largement la procédure pénale elle-même.

Ce durcissement ne peut être dissocié du poids du religieux dans le débat public sénégalais. Des leaders religieux influents prennent régulièrement position contre toute reconnaissance des droits des personnes LGBTQ+. Le discours moral structure l’espace politique. Il façonne l’opinion. Il pèse sur les responsables publics. Dans ce contexte, défendre l’égalité des droits expose à l’isolement, voire aux menaces.
Le cadre légal, qui pénalise les relations entre adultes consentants de même sexe, entretient une dynamique d’exclusion institutionnalisée. Il autorise les arrestations et légitime la stigmatisation sociale. Ceux qui dénoncent cette situation deviennent eux-mêmes immédiatement suspects d’être homosexuels. Cette configuration relève d’une logique maccarthyste : la prise de parole critique vaut soupçon, et le soupçon tient lieu de preuve. Il en résulte un climat d’autocensure et de dissuasion généralisée.
Face à cet état de fait, la réaction internationale demeure faible. Ce silence conforte les autorités sénégalaises et accrédite l’idée que la persécution des homosexuels constituerait une question secondaire, au motif qu’elle ne concernerait pas directement l’Occident. Ceux qui dénoncent avec vigueur les politiques anti-LGBT aux États-Unis sous Donald Trump, ou encore la répression en Russie et en Hongrie, sont ici bien trop discrets. Comme si l’universalité proclamée des droits humains se relativisait à mesure qu’elle change de continent.
Victor Laby
