L’Ombre des cinémas oubliés : en Ukraine et Géorgie soviétiques

Au moment où Carlotta réédite en Blu-ray les Chevaux de feu, le film qui fit connaître le cinéaste arméno-ukraino-géorgien Sergueï Paradjanov au plan international en 1965, la Cinémathèque française consacrait une rétrospective à l’Ukrainien Oleksandr Dovjenko, tandis que la Fondation Seydoux-Pathé se consacrait, elle, au cinéma géorgien muet. Cette circonstance fit ressurgir un ensemble de cinémas « nationaux » de l’URSS des années 1920 à 1960 dont une série de traits communs pourraient faire parler d’un « cinéma transcausien » élargi aux Carpathes, selon la formule qu’avait lancée Patrick Cazals dans un livre sur Paradjanov. Continuer de lire L’Ombre des cinémas oubliés : en Ukraine et Géorgie soviétiques

Les Démons de Fédor Dostoïevski

Réédité chez Agone, le Dostoïevski notre contemporain (1961) de Nina Gourfinkel propose un montage de scènes et de textes qui n’est ni une biographie scolaire ni une exégèse dogmatique. En suivant la dostoïevchtchina qui traverse le XXe siècle, elle montre comment l’écrivain nourrit à la fois la critique de l’injustice sociale et les rêves de mission nationale. Continuer de lire Les Démons de Fédor Dostoïevski

Orson Welles à la cinémathèque : Sartre et Aragon « chapeau bas » devant Citizen Kane

Pour Commune, François Albera revient sur la vaste exposition que la Cinémathèque française consacre à Orson Welles. À travers ce parcours foisonnant, il éclaire la démesure d’une œuvre et d’un artiste hors norme, où théâtre, cinéma et pensée critique se rencontrent. Continuer de lire Orson Welles à la cinémathèque : Sartre et Aragon « chapeau bas » devant Citizen Kane

Richard Avedon à la Fondation Cartier-Bresson : the other side of the wind

L’exposition In the American West à la Fondation Cartier-Bresson révèle un Richard Avedon méconnu, capturant les visages marqués de l’Amérique laborieuse. Pour Commune, François Albera interroge cette œuvre puissante, entre documentaire social et mise en scène, où dignité et fragilité affleurent à chaque portrait. Continuer de lire Richard Avedon à la Fondation Cartier-Bresson : the other side of the wind

Guillaume Bresson — Revue Commune

Guillaume Bresson à Versailles : Échos des « crimes surpris » du réalisme socialiste

La présence du peintre Guillaume Bresson, « figure de proue de la peinture figurative française », au Château de Versailles, comme la ré-apparition de l’œuvre de Nadia Khodossievitch-Léger (expositions à Art Curial, au Musée Maillol, à Arles) créent, par une sorte de raccourci, un retour à des débats autour de la peinture réaliste de l’immédiat après-guerre, dévalorisée – et méconnue – au titre du « réalisme socialiste ». Continuer de lire Guillaume Bresson à Versailles : Échos des « crimes surpris » du réalisme socialiste

Arnold Schoenberg - Commune

Arnold Schönberg, atonal et atypique

L’édition des Écrits 1890-1951 d’Arnold Schönberg que proposent les éditions genevoises Contrechamps, alliées en l’espèce à la Philharmonie de Paris, est sans aucun doute appelée à renouveler l’image qu’on pouvait avoir du compositeur, fondateur du dodécaphonisme (qu’à le lire Jean-Sébastien Bach avait précédé en la matière). Moins que jamais le sévère constat de décès qu’avait dressé Pierre Boulez en 1952 – sur lequel il revint en partie dans les années 1970 –, le voyant « s’effacer » devant Anton Webern, n’est acceptable. Continuer de lire Arnold Schönberg, atonal et atypique

MC² : qui a peur de l’art politique ?

Deux expositions qui se tiennent à Nice à quelques centaines de mètres l’une de l’autre reposent la question de l’art politique, question alternativement exaltée et déniée en fonction du rapport qu’établit chaque artiste entre l’élaboration subjective qui est la sienne et l’essence de l’art en tant que produit du travail social – pour parler comme Adorno. L’une affiche explicitement les choses, elle s’intitule « Chagall politique. Le cri de liberté » (Musée Chagall, Cimiez jusqu’au 16 septembre prochain, après Roubaix et Madrid) ; l’autre l’implique de manière induite en posant la question : « Qui a peur de Chantal Montellier ? » (Villa Arson, Cimiez, jusqu’au 25 août prochain). Continuer de lire MC² : qui a peur de l’art politique ?

Au Musée de la Libération de Paris, le cinéma rouvre la querelle

Le Musée de la Libération de Paris propose, jusqu’au 22 septembre, l’exposition « “Paris brûle-t-il ?”. Quand le cinéma réinvente la Libération ». François Albera analyse et interroge ici les ressorts idéologiques du « péplum gaulliste » de René Clément, ainsi que ceux de l’exposition que lui consacre le Musée. L’enjeu : l’invisibilisation du mouvement populaire et du rôle des communistes. Continuer de lire Au Musée de la Libération de Paris, le cinéma rouvre la querelle

Théodore Rousseau, une politique du paysage

L’exposition, actuellement au Petit Palais à Paris, consacrée au peintre paysagiste Théodore Rousseau (1812-1867), sous le titre « La voix de la forêt », demeure modeste (une cinquantaine d’œuvres) ; elle ne réédite pas les expositions monographiques qui se sont multipliées depuis 1967 (Musée du Louvre pour le centenaire de la mort de l’artiste), en particulier aux États-Unis et au Danemark en 2016-2017 – sans passer par la France Continuer de lire Théodore Rousseau, une politique du paysage

Rothko, François Albera

De Rotkovitch à Rothko : politique du champ coloré

Une grande rétrospective Rothko est présentée à la Fondation Louis Vuitton (Paris) jusqu’au 2 avril 2024. On y découvre l’œuvre première du peintre, à l’époque Marcus Rotkovitch, et notamment son travail figuratif. Dans cet article double, François Albera revient sur l’apport esthétique décisif d’un Rothko dont l’engagement communiste est parfois oublié, puis cède la parole à Luiz Renato Martins. Ancien professeur à l’Université de São Paulo (USP) au département des Arts visuels, celui-ci propose une approche matérialiste des toiles de la « Chapelle Rothko » à Houston, et évoque la  convergence de cette peinture avec l’architecture. Continuer de lire De Rotkovitch à Rothko : politique du champ coloré

Skazka : conte d’hiver d’Alexandre Sokourov

Présenté l’été dernier au festival de Locarno sur la Piazza Grande – le festival international où, en 1985, l’on montra pour la première fois l’un de ses films, La Voix solitaire de l’homme (1978) –, Skazka (Fairytale) a reçu un accueil critique hostile en France, comme la plupart des films de ce réalisateur depuis quelques décennies, après qu’on eut fait de lui le disciple d’Andréi Tarkovski. Continuer de lire Skazka : conte d’hiver d’Alexandre Sokourov

Paul Strand, photographe et cinéaste militant – Exposition à la Fondation Cartier-Bresson

La Fondation HCB (Henri Cartier Bresson), désormais dirigée par Clément Chéroux, retour des États-Unis, présente jusqu’au 23 avril une exposition exceptionnelle consacrée à un photographe et cinéaste américain (exilé en France depuis 1950), Paul Strand (1890-1976). Par force c’est la part photographique de son œuvre qui est essentiellement mise en valeur, seul le film Manhatta, tourné en 1921 avec Charles Sheeler, pionnier des « films de … Continuer de lire Paul Strand, photographe et cinéaste militant – Exposition à la Fondation Cartier-Bresson

Redécouvrir Tarass Chevtchenko, poète ukrainien

La réédition chez Seghers d’un choix de poèmes de Tarass Chevtchenko sous un nouveau titre, « Notre âme ne peut pas mourir », permet de redécouvrir l’œuvre du plus grand poète romantique ukrainien, l’un de ceux – après Ivan Kotliarevsky et Grigori Kvitka-Osnovianenko – à avoir fixé la langue ukrainienne littéraire en élaborant son alphabet. Pourquoi redécouvrir ? Parce que ce recueil, traduit par Eugène Guillevic (avec l’aide de Wladyslaw Pelc), présenté par Maxime Rilsky et Alexandre Deitch, aujourd’hui préfacé par André Markowicz, date… de 1964. Continuer de lire Redécouvrir Tarass Chevtchenko, poète ukrainien

Georg Lukács, théoricien de l’esthétique

Pour Commune, François Albera, historien de l’art et du cinéma, professeur d’histoire et esthétique du cinéma à l’université de Lausanne, revient sur la réception française de l’œuvre du philosophe hongrois Georg Lukács et propose une lecture synoptique des deux tomes de L’Esthétique, récemment publiés en français par les Éditions Critiques. Continuer de lire Georg Lukács, théoricien de l’esthétique