Bijoux nabis à la galerie Waddington Custot

Une exposition exceptionnelle a lieu à la nouvelle antenne parisienne de la galerie. Une dizaine de toiles de Vuillard, Bonnard, Bernard et Sérusier côtoient des œuvres contemporaines dans un accrochage épuré et d’une finesse inouïe. 

C’est un magnifique écrin au cœur de Paris, rue de Seine, dans l’un des quartiers historiques des marchands d’art. Un écrin parfait pour des chefs-d’œuvre hors du commun. Un « Choc Nabi » comme le promet le titre de l’exposition. Ici un intérieur bourgeois de Vuillard, là un personnage peint par Bonnard, ici un portrait réalisé par Maurice Denis. Des pièces dignes d’un musée qui faisaient partie d’un fonds nabis du galeriste Stéphane Custot qui a décidé de le sortir au grand jour pour marquer le coup de l’ouverture de l’antenne parisienne de la galerie. On est ébahi devant ces toiles d’une profondeur et d’une modernité à toute épreuve, redécouvrant combien les Nabis ont su exploiter la couleur et, à force d’aplats sciemment déployés, ouvrir le champ à certains grands mouvements de l’art, dont les fauves et les cubistes en particulier. 

Fabienne Verdier Sur les routes de la mer, 2025

Ce goût de la couleur se ressent dans les œuvres contemporaines exposées aux côtés des grands maîtres du passé. Fabienne Verdier se plaît par exemple à réaliser des toiles où un certain empâtement de la peinture séchée le dispute à sa viscosité originelle dans des compositions abstraites qui rendent hommage à ce qu’ont été les Nabis pour elle, c’est-à-dire une façon de peindre plus directe et plus libre qu’avant. Plus loin, la jeune Marcella Barceló fait figurer son monde onirique dans un merveilleux dialogue avec les scènes bucoliques d’Émile Bernard. On est transporté dans une atmosphère d’un raffinement exquis, surpris par une scène au jardin de Vuillard ou une grande gouache au cheval blanc de Maurice Denis, formidablement accrochée entre deux fenêtres qui donnent sur la rue et sur les beaux immeubles en pierre de taille. 

Il y a aussi à (re)découvrir des peintres moins connus, voire méconnus. Des pastels magnifiques du hongrois József Rippl-Rónai qui ont un air d’œuvres d’Auguste Renoir ou encore quatre tableaux exceptionnels du français Charles Filiger. Ce dernier, membre de l’école de Pont-Aven et inspiré par Gauguin, s’est concentré sur des figures naïves, mais d’une éblouissante beauté, comme ce Christ aux cheveux de flammes ou cette Famille de pêcheurs qui ressemblent à des statuettes médiévales dont la peau serait du bois. Charles Filiger, en difficulté, mourra dans la quarantaine, sans le sou, et restera longtemps inconnu avant que le poète surréaliste André Breton le redécouvre. Emblème de l’exposition enfin, le tigre de Paul Ranson, exposé au fond de la galerie, et qui, avec sa mâchoire terrible, nous donne une raison de plus de sourire devant ces pièces inédites et rarissimes. 

Jean-Baptiste Gauvin