Avec « Habi Sztárok », le rappeur hongrois Jhonatan Memphis raille les poses du star-system. Un morceau fidèle à son ancrage dans l’underground et dans le huitième district de Budapest.
Un matelas posé à même le sol, des immeubles en partie délabrés et des tours d’une dizaine d’étages. C’est le décor du clip de « Habi Sztárok » (« Les stars en carton »), nouveau morceau de Jhonatan Memphis, rappeur underground de Budapest. La vidéo, réalisée par Miki357 (référence dans le rap hongrois), enfile avec malice quelques clichés, puisque c’est évidemment entouré de jeunes femmes à son service que l’artiste compte ses billets. À cela s’ajoute un goût pour l’incongruité. Quand d’autres roulent au volant de voitures de sport ou menacent en exhibant un pitbull, Jhonatan Memphis déambule accompagné d’un dromadaire, qu’il tient parfois en laisse.
Comme celle de plusieurs morceaux de VIII, l’album sorti en décembre dernier, la musique de « Habi Sztárok » est composée par Bennie Madethisone, son beatmaker fétiche. D’autres productions de l’opus étaient signées Valaki, littéralement « quelqu’un » en hongrois. Le son est généralement âpre, loin du rap le plus commercial. Dans les textes de VIII comme dans « Habi Sztárok », la superficialité du star-system est opposée à la sincérité d’une démarche artistique dans l’underground ainsi qu’à l’attachement au collectif. Cette collaboration avec Miki357 est d’ailleurs exceptionnelle, tant le rappeur semble travailler avec un cercle restreint, dont fait partie MotiOn, réalisateur des clips précédents.
La musique, le flow et l’esthétique de Jhonatan Memphis sont influencés par le rap américain des années 1990, comme on le devine à son pseudonyme, au maillot des Red Bulls porté dans le clip (lorsqu’il n’est pas torse nu) ou aux titres de morceaux antérieurs : « 2PAC », « Miami »… Si le rappeur hongrois n’est pas avare d’anglicismes, les textes de ses chansons n’en sont pas moins ancrés dans sa vie à Budapest. Il y raconte ses amitiés, son rapport à la fête et la fidélité à son milieu d’origine. Il est en outre à l’origine de la D8-Maffia, collectif et label de production d’artistes qui évoluent à distance des réseaux de l’industrie musicale.
Le nom du crew et le titre du dernier album de l’artiste font référence au huitième district de Budapest, dont le rappeur est originaire. L’arrondissement, historiquement lié à la communauté rom, fut ces dernières années au cœur de nombreuses luttes contre les projets de gentrification et pour le droit au logement. Il comporte aujourd’hui à la fois des parties rénovées, où s’est implantée une nouvelle population, et des endroits vétustes parfois montrés dans des clips de Jhonatan Memphis.
Vivian Petit
