Monia Aljalis - Vivian Petit - Commune

Monia Aljalis, un premier roman réussi

Certains textes ne réclament pas d’explication. Ils commandent d’écrire parallèlement à eux, dans le même souffle et à la même vitesse. C’est le cas de L’Extase, premier roman de Monia Aljalis, trentenaire née en banlieue parisienne, qui a vécu son adolescence à Tunis.

L’Extase est le récit d’une journée de Leyla, qui s’ouvre sur un plan cul raté et se poursuit dans les rues de Paris, au gré des connexions, des rencontres, de l’expression des dogmes et des doutes. Parfois, recette efficace dans un roman, le personnage principal exprime ce qu’il faut de culpabilité, de cynisme et de misanthropie pour présenter le réel dans sa crudité. L’écriture est poétique, équivoque, et les références multiples. Le récit est entrecoupé de passages en vers, rappels islamiques entre deux retours à la culpabilité et au pardon chrétiens. La charité est cette clef.

Face à un modèle d’émancipation présenté comme unique, Leyla tente de se tenir à égale distance de la tradition et du libéralisme sordide. Le sentiment de trahison semble emprunté à Genet. Elle s’élève en s’abaissant, tente de sublimer sa honte. Elle associe chacune de ses robes à un moment unique avec un amant. Elle ne les portera qu’une fois, puisque c’est plus propre comme ça. Comme dans la saison de Rimbaud, le système de valeurs dont Leyla a hérité est en voie de dépassement, sans qu’une autre vérité ne s’y substitue.

Leyla est rattrapée voire dépassée par son corps. L’inspiration prouve qu’elle n’a pas rêvé. Entre sa famille et la transparence, elle ne semble pas choisir. À la fin, quelques heures après s’être vue dans le regard des autres, Leyla pense à sa mère qui vient de finir de prier.

Vivian Petit

Monia Aljalis, L’Extase, 2024, Seuil Romans.