Boualem Sansal - Commune

Pour la libération de Boualem Sansal

L’écrivain franco-algérien de soixante-quinze ans a été arrêté le 16 novembre à l’aéroport d’Alger et n’a plus donné signe de vie depuis. L’agence de presse publique algérienne a confirmé sa mise en accusation par le régime. En France, la protestation s’exprime principalement dans les milieux littéraires.

Dans ses livres et ses prises de position publiques, l’écrivain Boualem Sansal se montrait, depuis de nombreuses années, particulièrement critique du régime algérien, de sa corruption, et de sa faiblesse face à l’islamisme résurgent. La participation de Boualem Sansal aux manifestations de 2019 contre le régime d’Abdelaziz Bouteflika a marqué un tournant dans son engagement politique et littéraire.

En rejoignant ces cortèges, il exprimait alors son soutien à un mouvement populaire qui réclamait des réformes et la fin d’une gouvernance jugée autocratique. De quoi renforcer son image d’écrivain engagé, prêt à défendre la liberté et la dignité de son peuple. Cette participation a également intensifié les critiques à son égard, notamment s’agissant de son choix de s’exprimer principalement à l’étranger. Pour certains, l’absence de publication en Algérie et son refus de débattre de sa littérature avec le public algérien créent une dissonance entre son discours et la réalité des attentes de ses concitoyens.

Dans une Algérie en crise perpétuelle, son arrestation permet sans doute d’allumer un contre-feu et de jeter en pâture un bouc-émissaire à l’opinion mécontente. Dès lors, le petit théâtre diplomatique des protestations et des contre-protestations outrées bat son plein. Emmanuel Macron a fait part de son inquiétude, geste normal s’agissant d’un ressortissant français. Il n’en fallait pas plus à Alger pour crier à l’atteinte à la souveraineté de l’Etat de la part de l’ancien colonisateur. Tout le problème est que derrière les simagrées des chancelleries, c’est la vie et la libre parole d’un homme qui est en jeu. On s’étonne par ailleurs du silence de certains, pourtant habitués à tonitruer sur tous les sujets et à jouer les matamores dès lors qu’il est question d’enjeux internationaux.

Bien sûr, chaque camp peut faire à l’autre le reproche de l’instrumentalisation, et nul n’est censé s’époumoner pour chaque cause qui fleurit. Des détentions arbitraires, il en est dans tous les pays du globe, objectera le sage. Contentons nous d’observer qui se tait, et de déplorer que la protestation la plus vive ne vienne que du monde des lettres. Jean-Christophe Rufin propose intelligemment de faire élire d’urgence Sansal à l’Académie Française.

Quand à nous, nous pensons à ces vers d’Aragon dans sa « Prose de Nezval » :

Contre le chant majeur la balle que peut-elle
Sauf contre le chanteur que peuvent les fusils
La terre ne reprend que cette chair mortelle
Mais non la poésie

Ce siècle est au-delà du minuit de son âge
Ses poètes n’ont plus besoin d’être achevés
Ils ont usé leur vie au danger des images
Et croient avoir rêvé

Victor Laby

Photo credit: Abode of Chaos on VisualHunt