From Ground Zero - Commune

From Ground Zero, vingt-deux courts-métrages sur le massacre à Gaza

En salle dès ce mercredi 12 février, From Ground Zero est constitué d’un ensemble de vingt-deux courts-métrages, d’une durée de trois à sept minutes chacun, tous filmés par des habitants de Gaza ces derniers mois.

Dans l’un de ces vingt-deux films, intitulé Sorry cinema, le réalisateur Ahmed Hassouna exprime l’impossibilité pour lui de se consacrer à la réalisation de films dans de telles conditions. Difficile de savoir si ce témoignage exprime une difficulté, un questionnement, une mise en abîme, un paradoxe ou une contradiction.

Sous forme de fiction, d’animation, de documentaire, de film expérimental ou de docu-fiction, chacun des courts-métrages regroupés dans From Ground Zero aborde le massacre du peuple palestinien du point de vue des gens ordinaires. De film en film, nous voyons des Gazaouis fouiller dans les décombres à la recherche d’un proche, tenter de se rétablir après avoir survécu, ou ramasser quelques grammes de farine dans le sable après la chute d’un sac. Dans l’une des tentes où la survie s’organise après les déplacements forcés et les destructions d’immeuble, des personnes se regroupent pour continuer de jouer de la musique et chanter. Le court-métrage Flashback montre la jeune Farah en train de danser au bas de son immeuble, son chat dans les bras et les écouteurs vissés aux oreilles pour échapper au bruit des drones et des F16. 

Si beaucoup des affects et des préoccupations mis en scène dans From Ground Zero sont universels, la situation est absolument extraordinaire. Dans Soft Skin, l’une des œuvres les plus marquantes de l’ensemble,  Khamis Masharawi recueille le témoignage de jeunes enfants dont les noms sont inscrits sur un de leurs membres afin qu’on puisse les identifier si leur corps venait à être déchiqueté.

Dans l’un des films, un personnage peine à faire recharger son téléphone portable. L’électricité manque et les fils d’attente sont longues. Cette scène informe aussi des conditions de tournage. Quelques caméras et téléphones ont servi à filmer plusieurs courts-métrages. À Gaza, les équipes de tournage étaient quotidiennement en contact avec le réalisateur palestinien originaire de Gaza Rashid Masharawi (frère de Khamis, réalisateur de Soft Skin), qui coordonnait le projet de Rennes où il se trouvait alors avec son équipe. Au sein de l’équipe rennaise, pour mettre en garde les équipes de tournage, les arabophones s’informaient en temps réel via les réseaux sociaux de l’évolution de la situation à Gaza et des lieux exacts de bombardement. Par chance, la totalité des personnes qui ont réalisé les films regroupés dans From Ground Zero sont aujourd’hui encore en vie. Il s’en est parfois fallu de quelques heures, des lieux étant parfois bombardés peu après le départ de l’équipe de réalisation.

Vivian Petit