Marius Buet et l’énigme du visible

Le peintre présente une exposition personnelle à la galerie Polaris à Paris intitulée Toutes les choses sur terre. L’œil alerte, l’artiste revendique une certaine exigence pour « aiguiser l’intelligence » du regardeur et « intensifier notre rapport au monde » à travers ses toiles. Rencontre.

Il faudra un certain temps de conversation avant que Marius Buet ne l’admette : il peint en toute indépendance. Loin des modes, loin des injonctions contemporaines, il trace son sillon en empruntant autant à la peinture classique qu’à la bande dessinée, s’arrêtant sur des auteurs d’hier et d’aujourd’hui, cherchant dans les livres – même à la bibliothèque dit-il – des connaissances historiques, politiques, mystiques, qui vont nourrir ensuite ses toiles et surgir de façon inattendue. Plein de ce que son galeriste nomme des « énigmes picturales », ses tableaux font apparaître tour à tour Dieu sortant d’une poubelle-buisson ardent, un agneau mystique qui saigne devant un frigidaire ouvert ou encore une sainte Marie-Madeleine face à l’œil scrutateur d’un potentiel Big Brother. Mélange difficile à décrire entre une certaine tradition picturale et une volonté créatrice autonome, l’idée étant de bousculer le regard et de jouer, avec une certaine fantaisie, de nos codes visuels.

« La peinture, c’est d’abord de la recherche. Je pense qu’elle devrait être financée de cette manière d’ailleurs, comme la recherche scientifique », s’amuse Marius Buet et d’avancer que ce défrichage, opéré par l’artiste dans son atelier, « excite fortement l’intelligence. » Car, avant de penser à transformer les autres, la peinture transforme déjà le peintre lui-même, explique-t-il, citant l’exemple propre à l’alchimie qui souhaite changer la boue en or. D’une certaine manière, la peinture y parvient de deux façons : en faisant croire qu’un ocre est de la poussière d’or et en faisant en sorte que le tableau lui-même, fait de peinture, devient un objet marchand et qui peut se vendre à prix d’or… Quoi qu’il en soit, l’artiste se dit changé par les toiles qu’il peint, par le processus même de les réaliser, s’appliquant à déjouer parfois les règles qu’il s’est lui-même fixé.

Du côté de l’imaginaire

La question du visible est par ailleurs centrale chez lui. Il interroge souvent ce qui est montré et ce qui est caché, comme c’est le cas avec son tableau Opposition où une Sainte Marie-Madeleine, ce corps féminin couvert de cheveux de la tête aux pieds, est présentée de dos, de façon à ce que le regardeur soit privé de son visage et obligé de s’en remettre à un œil flottant, à côté, qui semble voir ce qu’on ne peut pas voir. De même, sur son tableau La chambre rouge, Marius Buet paraît dessiner une séance d’haruspices étrusques en train de lire les entrailles d’un jeune homme en pleine soirée festive tandis qu’un autre tente de voir l’avenir dans une boule de cristal faisant elle-même écho à la boule à facettes qui tourne au-dessus d’eux… Méli-mélo de références qui fait la force de la toile, en plus d’un geste précis et d’une palette surprenante.

« J’essaye de créer un riche répertoire de formes » détaille l’artiste qui plaide pour une « peinture résolument du côté de l’imaginaire. » et qui se veut ouverte à tous. Si l’idée d’une peinture qui aurait un « rôle social » à jouer est pleinement rejetée par Marius Buet, il aime songer qu’elle puisse se diffuser de façon sous-jacente dans les esprits, toucher par ricochet et voit dans le fait qu’une œuvre d’art donne envie à quelqu’un qui la regarde de créer à son tour le meilleur aboutissement possible à sa quête de peintre.

Jean-Baptiste Gauvin

Galerie Polaris, Toutes les choses sur terre, exposition personelle de Marius Buet du 5 février au 21 mars 2026.