À Roubaix, la photographie vernaculaire mise à l’honneur 

La Piscine, musée exceptionnel situé dans le nord de la France, propose une plongée dans son fonds photo. L’occasion de voir à quel point le médium a envahi les différentes couches de la société locale et rayonne en tant qu’art au cours des XIXe et XXe siècles. 

L’exposition commence avec des vues de la ville, dont certaines datent du XIXe siècle, offrant une belle image des maisons avec leurs toits en tuiles et leurs murs en brique, typiques de cette région proche de la Belgique et de la Hollande. On s’attarde sur cette vue de l’église Saint-Martin, sur la Grand Place de Roubaix, où sont serrées en rang quatre ou cinq calèches. 

Juste après, un espace est dédié aux portraits de Roubaisiens. Avec l’apparition de la photographie, le portrait en peinture est complètement chamboulé. Un portrait peint est même réalisé à partir d’une photographie que nous pouvons comparer. Une photographie de mariés est présentée à côté de la véritable robe de noce. 

Plus loin, ce sont des images d’usines, de filatures, de cheminées… On est saisi par la puissance du changement qu’impose la révolution industrielle à cette époque. La photographie accompagne ce bouleversement en rendant palpables les vies des ouvriers et les situations créées par l’établissement d’immenses usines que nous pouvons voir comme des magnifiques et mystérieuses maquettes. 

Mais ce qui frappe davantage encore dans cette exposition est la très grande présence de la photographie vernaculaire. Devenue accessible à un grand nombre d’amateurs, la photographie devient rapidement un moyen d’expression privilégié. L’Amicale Photo de Roubaix est fondée en 1905. Des clichés de photographes de l’Amicale sont présentés aux côtés des vues exceptionnelles d’Alfred Fauvarque-Omez. 

Autre trésor : quelques photos de Jean-Philippe Charbonnier. Alors reporter au magazine Réalités, le photographe a réalisé à Roubaix, durant l’hiver 1958-1959, une série sur les courées ouvrières au moment où les grands programmes de rénovation urbaine signent la disparition progressive de ces quartiers. Une somptueuse tranche de vie qui fait résonner la mémoire singulière de la ville et rend honneur à ses habitants. 

Jean-Baptiste Gauvin