L’Odyssée d’un été qui brûle

Il y a des étés amoureux où l’on déclare sa flamme – et puis des étés étouffants où l’on déclare plutôt ses flammes.

L’été 2026 restera de ces étés irrespirables non flambant neuf mais flambant vieux.

« Qui aurait pu prédir ? ». Le mot du Chef d’Etat en France a reçu les commentaires qu’on pouvait prévoir. Gouverner, c’est anticiper justement. Le défaut d’anticipation est apparu patent dans tous ces feux de forêt où l’improvisation semble parfois avoir été de mise malgré la bonne volonté et le courage des intervenants de toutes sortes, des pompiers et des services d’urgence.

Quelle tristesse désormais de parcourir les lisières et les clairières en voyant des zones calcinées et en sentant dans l’air ce « goût de cendre » qui était le cliché de l’amertume et qui est devenue la sensation âcre et suffocante – et de savoir les dégâts naturels et humaines, évacuations d’urgence, destructions, brûlures… Un monde dévasté.

Les raisons des désastres ? On connaît le mot de Giraudoux dans La Guerre de Trois n’aura pas lieu : « la bêtise des hommes et celle des éléments ».

Nouveau nom du destin : la bêtise. Les éléments incontrôlables et l’inconscience face aux risques encourus par notre terre.

Par un curieux jeu de rencontre entre l’actualité et la fiction, le film de Christopher Nolan L’Odyssée cartonnait au box office dans des lueurs hollywoodiennes d’incendie. « Qui aurait pu prévoir ? ». C’est la question de tous les mortels confrontés aux forces du destin et des dieux… La question de ce qui arrive à tous – et qui est précisément le réel, ce à quoi on ne s’attendait pas, dans un retour contrarié à Ithaque ou ailleurs.

On n’entrera pas ici dans les débats sur le film (sur la question d’une impossible fidélité, des trahisons, de la grosse machine, des interprétations). Mais l’image récurrente de l’incendie de Troie que se reproche Ulysse avec la machination de son cheval trouve nécessairement des résonances en France et ailleurs, et partout où le monde brûle.

« Quand on brûle Troie, on brûle tout l’univers ». C’est cette conscience-là – morale et moderne, dira-t-on… – qui fait l’un des aphorismes les plus réussis de ce film (qui ne mérite ni l’excès d’honneur ni l’indignité qu’on a voulu lui attribuer). Ce qu’il reste de morale explicite dans les repères contemporains si brouillés : tuer délibérément un homme, c’est tuer l’humanité entière ; incendier ou laisser brûler une part du monde, c’est contribuer à incendier le monde entier.

L’appel à la vigilance prend alors un sens élargi, dans cet été 2026, en France et ailleurs, d’alerte incendie.

Romain Lancrey-Javal