Olga Bancic, la femme de l’Affiche rouge

Difficile de retracer avec exactitude la jeunesse d’Olga Bancic : elle naît en 1912 dans une famille juive en Bessarabie, province alors russe qui deviendra roumaine (aujourd’hui en Moldavie). Elle commence à travailler dès l’âge de  treize ans et subit des conditions de travail épouvantables. Consciente de la force du collectif, Bancic rejoint rapidement les Jeunesses communistes et le syndicat ouvrier local. Elle participe aux grandes actions revendicatives de son secteur. La jeune militante devient rapidement une figure locale. On la surnomme « la rouge ».  Son activité syndicale lui vaut d’être arrêtée à l’âge de seize ans par la police roumaine, et de purger une peine de prison où elle est maltraitée.

Olga quitte le pays pour la France en 1938, où elle retrouve son mari Alexander Jar, combattant des Brigades Internationales. Le couple aide le camp républicain en envoyant des armes. La guerre arrive, et avec elle l’invasion de la France par les Allemands. Olga rejoint la Main d’Œuvre Immigrée (MOI) des étrangers communistes, puis son organisation militaire, les Francs-Tireurs-Partisans (FTP). Elle utilise le pseudonyme de Pierrette et est plus particulièrement chargée de l’assemblage et du transport des explosifs et des armes avant et après les actions. Elle participe ainsi à une centaine d’attaques, avec la mission particulièrement difficile d’évacuer le matériel hors des quartiers bouclés après les opérations… De fait, l’étau se resserre chaque jour un peu plus autour des FTP-MOI.

Le 6 novembre 1943, Olga Bancic est arrêtée, en même temps que Marcel Rayman et Joseph Svec, par les brigades spéciales de la préfecture de police. Les vichystes utilisent le procès contre les FTP comme un grand moment de propagandre contre la résistance communiste.  Avec l’Affiche rouge, le Centre d’études antibolcheviques (CEA) innove donc pour marquer l’opinion. Le rouge de l’affiche interpelle directement le piéton de Paris et permet de représenter tout à la fois la couleur du sang et celle du communisme. La campagne de publicité autour du procès du groupe Manouchian ne se limite pas d’ailleurs à la simple affiche ; un tract reprenant les mêmes éléments discursifs est diffusé à des milliers d’exemplaires dans toute la région parisienne. Les journaux au service du pouvoir, pour mieux exciter l’opinion, donnent des détails sensationnalistes sur les actions armées menées par le groupe Manouchian.

C’est que, pour les hitlériens, l’occasion semble trop belle : ils pensent pouvoir jeter l’opprobre sur les communistes dans l’opinion publique en démontrant que les membres du PCF sont des agents étrangers et des Juifs, mais qui plus est des poseurs de bombes et des assassins. Dévoiler leurs méthodes au grand jour à l’occasion du procès Manouchian est un « quitte ou double » pour les Allemands et leurs alliés pétainistes. Jusqu’à la fin de l’année 1943, ils avaient fait preuve d’une plus grande discrétion sur les moyens utilisés dans la répression de la Résistance française. Ici, il s’agit pour eux de montrer crûment à la population la répression s’abattant sur cette unité de francs-tireurs pour décourager quiconque de suivre leur exemple.

Le 21 février 1944, les vingt-deux hommes du groupe Manouchian sont fusillés au Mont-Valérien. Olga Bancic, la seule femme du groupe a subi d’atroces tortures. Elle est envoyée en Allemagne et incarcérée à la prison de Karlsruhe. Elle est décapitée à la hache dans la prison de Stuttgart le 10 mai 1944, à l’âge de 31 ans, quelques semaines avant l’insurrection de Paris.

Se sachant perdue, Olga Bancic jette à travers la fenêtre une lettre poignante destinée à sa petite fille. Elle  écrit : « Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras une vie et un avenir plus heureux que ta mère ».

Victor Laby