Donald Trump Nicolas Maduro — Commune

Trump au Venezuela ou la racaillisation du monde

Nicolás Maduro, président vénézuélien, et son régime, comptables d’un effondrement économique qui a jeté des millions de Venezuéliens sur les routes de l’exil, et qui prenaient violemment leurs aises avec la contestation politique et les résultats électoraux, ne seront sans doute pas regrettés par grand monde. Mais en bombardant le pays et en capturant son dirigeant, Donald Trump commet un attentat contre le droit international et contre la notion même de règle commune.

Alors quoi, celui qui a les armes peut se débarrasser du voisin qui ne lui plait pas ? Le détruire, l’enlever, prendre ses biens et la direction de son pays ? Mais à ce compte-là, nul n’est à l’abri. Selon Der Spiegel, Trump a d’ailleurs envisagé des sanctions contre les juges français ayant condamné la patronne du Rassemblement National en mars dernier. Il pourra demain s’emparer du Groenland et de ses minerais rares, comme il en a l’intention. Il légitime et banalise l’agression sauvage de l’Ukraine par Poutine, et demain peut-être celle de Taïwan par la Chine.

Face à la catastrophe de ce 3 janvier 2026, la Haute Représentante de l’Union Européenne pour les Affaires étrangères, Kaja Kallas, ne trouve pas grand chose à redire. En France, des soutiens macronistes, tout comme le Président argentin Milei qui salue une « avancée de la liberté », se félicitent de la mise à bas d’un « rouge ». On mesure ici que les actes les plus transgressifs, les plus négateurs des principes trouvent malgré tout toujours des soutiens.

Face à Allende au Chili, les États-Unis avaient confié le soin aux militaires locaux de liquider la gauche et de gérer le pays ; il semble qu’ici ils aient décidé de tout faire eux-mêmes, sans régime fantoche.

Cette agression déployée contre un État souverain, si critiquable et violente soit la clique qui le dirigeait, est de nature à mettre à bas tout l’ordre international — en réalité c’est déjà fait, et cela signe l’appartenance de Trump à une forme de fascisme contemporain.

Mais cela va plus loin. La prévalence de la violence, de la loi du plus fort, tout cela emporte une véritable racaillisation du monde. Si la règle commune est méprisée et foulée aux pieds par les Nations, les puissants, à l’échelon le plus haut — l’international —, alors pourquoi la respecter aux échelons inférieurs, dans la vie interne des peuples et dans la vie quotidienne ?

Trump ne donne-t-il pas l’exemple à tous les autocrates, à toutes les mafias, à tous les caïds immenses et minuscules qui piétinent, ici et là, ceux qui sont plus faibles qu’eux ? Ne signifie-t-il pas à tous les voyous, à tous les racketeurs du coin de la rue qu’ils peuvent perpétrer leur violence, qu’ils ont raison ?

Pourquoi et comment, dans ce monde-là, respecter autrui, ses biens, ses différences ?

Françoise Duval

Photo credit: Gage Skidmore on Visualhunt