Finale de la Ligue des Champions PSG-Inter

Finale de la Ligue des Champions PSG-Inter : une petite bibliothèque footballistique

La finale de la Ligue des Champions PSG-Inter de ce samedi 31 mai replonge les Français dans la ferveur du football. Vivian Petit, supporter du Havre et auteur d’un livre sur le sujet, nous propose ici une petite bibliographie de romans et d’essais de qualité consacrés à ce sport populaire, et notamment aux clubs qui ont disputé une finale de coupe d’Europe.


Finale de la Ligue des Champions PSG-Inter

Philippe Huet, Dribbling

Le roman historique de Philippe Huet commence en 1872 au Havre, dans ses quartiers, son port, ses bouges et ses bordels. Lors de leur pause méridienne, sur un terrain du Perrey, des marins britanniques et des Normands qui ont travaillé en Angleterre pratiquent un nouveau jeu. Les règles sont encore fluctuantes. Certains veulent appliquer celles d’un sport développé en Angleterre au sein d’une école privée de la ville Rugby. D’autres sont attachés aux règles déjà formalisées par l’association anglaise de football, aussi appelé le dribbling game. Finalement, c’est une combinaison de « football-rugby » et de « football-association » qui est jouée par le Havre Football Club, ancêtre du Havre Athletic Club (HAC), doyen du football et du rugby français. Plus tard, un deuxième conflit émergera, plus violent, à l’enjeu plus fondamental encore. Les anciens étudiants de Cambridge souhaitent que l’équipe évolue en bleu ciel, couleur de leur université, quand ceux qui ont suivi leur formation à Oxford préfèrent le bleu marine pour des raisons analogues. Godefroy, le narrateur, suggère un maillot ciel et marine, coupé en deux à la verticale. Frédérick Field Langstaff, un Havrais d’origine anglaise, premier président du HAC, se montre admiratif, comme le révérend Washington, chapelain qui fut parmi les introducteurs du football en France. La proposition est acceptée.


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Dimitri Manessis et Jean Vigreux, Rino Della Negra, footballeur et partisan

Dans cette biographie de Rino Della Negra publiée aux éditions Libertalia, les historiens Jean Vigreux et Dimitri Manessis s’appuient sur de nombreuses archives pour analyser le parcours de celui qui s’engagea dans la Résistance en rejoignant les FTP-MOI. Auparavant, il fut une des figures du sport populaire, athlète courant le 100 mètres en 11 secondes puis footballeur. Alors même qu’il avait refusé sa convocation au STO et qu’il venait de participer à plusieurs opérations contre l’occupation nazi, Rino fut en 1943 et sous son vrai nom l’ailier droit du Red Star, club de Saint-Ouen vainqueur de la Coupe de France un an plus tôt. Le 13 février 1944, Della Negra est arrêté. Il sera fusillé au fort du Mont-Valérien huit jours plus tard, avec les 23 membres du groupe Manouchian, dont les dix de l’affiche rouge. Aujourd’hui, les chants et tifos des supporters Red Star, historiquement liés aux luttes sociales, rendent fréquemment hommage au joueur et au résistant. En 2021, à  leur demande, la tribune principale du stade Bauer a été renommée du nom de Rino Della Negra.


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Gisèle Bienne, Grandir avec le Stade de Reims

Grandir avec le Stade de Reims est publié dans la collection Le club des écrivains des éditions Médiapop. Les auteurs y narrent leur expérience du supporterisme et donnent à comprendre les liens entre l’histoire d’un club et une culture populaire. Les premiers chapitres sont consacrés à l’enfance de l’autrice, née en 1946. Son père et ses frères se rendent au stade pendant qu’elle écoute les matchs à la radio. En 1956 et 1959, le Stade de Reims, plus grand club français, dispute et perd la finale de la Coupe des clubs champions, ancêtre de la Champions league. Raymond Kopa, ouvrier de la mine devenu footballeur, est la star de l’équipe et le créateur de l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP). Le syndicat lutte contre les contrats à vie qui lient à l’époque les joueurs à leur club. Au cœur de l’attaque de Reims, Kopa est accompagné de Roger Piantoni et Just Fontaine. Ils constituent aussi le trio d’attaque de l’équipe de France qui termine troisième de la Coupe du monde 1958. 


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Laurent Seyer, Les poteaux étaient carrés

Nicolas, narrateur du roman de Laurent Seyer, est un adolescent de 13 ans. Ses parents ont récemment divorcé et les mini-jupes de la nouvelle compagne de son père le troublent. On la lui a présentée comme sa nouvelle mère, il préfère la désigner comme sa « fausse-mère » ou sa « fausse-doche ». Ce 12 mai 1976, l’Association Sportive de Saint-Étienne (ASSE), qualifiée in extremis, joue la finale de la Coupe des clubs champions contre le Bayern Munich. Le match se déroule à Glasgow, ville de naissance du narrateur. L’A.S.S.E, que l’adolescent préfère prononcer Lasse par souci de distinction, est devenue sa passion et un palliatif au mal-être. C’est en compagnie de son père, de sa fausse-mère et du fils de celle-ci, qu’il surnomme « Malgré moi », que Nicolas regarde le match à la télévision. La rencontre a débuté et il trouve ineptes les remarques de ceux dont il doit subir la présence. La distance et la solitude le plongent autant dans le désespoir que le score de 1-0 à l’avantage du Bayern. Deux joueurs stéphanois, Dominique Bathenay et Jacques Santini, ratent l’égalisation en envoyant le ballon sur des poteaux qui, à Glasgow, ont la particularité d’être carrés. Impossible de savoir si, sur un autre terrain, le ballon aurait franchi la ligne de but après avoir heurté le montant.


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Christophe Fourvel, On dira qu’on a gagné

Né à Marseille, Christophe Fourvel est écrivain, poète, lecteur de Stig Dagerman, fan absolu d’auteurs inconnus, directeur de la collection Le club des écrivains et supporter de l’OM depuis 1970. Cette année-là, âgé de cinq ans, face à l’inscription « Allez l’OM », il prononce « Allez l’Homme ». Par transfert, l’Olympique de Marseille devient un « petit autre » lacanien auquel s’identifier. Deux ans après, l’enfant se rend au Vélodrome, qui devient son lieu de culte. Plus tard, Christophe considère qu’Enzo Francescoli est le plus beau joueur qu’il ait jamais vu sur un terrain et, à l’écoute des supporters, il apprend que les gardiens adverses sont invariablement enculés et cocus. Avec un zeste de snobisme, l’écrivain s’attache aussi à des joueurs marseillais qui n’emportent pas l’adhésion des foules. Il ne se rend pas en tribune les soirs de coupe d’Europe. En 1993, en l’emportant 1-0 à Munich face à l’AC Milan, l’OM devient le premier et à ce jour le seul club français à remporter la Coupe des clubs champions. Pourtant, comme le dit Cantona dans Looking for Eric, film de Ken Loach, Christophe Fourvel considère que le plus beau trophée de l’OM est celui perdu en finale en 1991 face à l’Étoile rouge de Belgrade.


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François Bégaudeau, Jouer juste

Publié en 2003, Jouer juste, monologue d’une centaine de pages, est le premier roman de François Bégaudeau. Deux ans plus tôt, le FC Nantes, entraîné par Raynald Denoueix, remportait le Championnat de France et se qualifiait donc pour la Ligue des champions. Ce que les journaliste sportifs désignaient à l’époque comme le jeu à la nantaise reposait sur la cohérence de l’organisation collective, la mobilité et la disponibilité. Les passes sont courtes et sûres, aucune individualité n’écrase l’autre. Dans le roman, l’entraîneur, inquiet, s’adresse aux joueurs de son équipe avant les prolongations d’une finale européenne. Durant les dernières minutes du temps réglementaire, l’équipe a déjoué. Le risque est de ne plus être qu’une addition d’individus. Au cours du monologue, la frustration face au risque d’une défaite s’entremêle au récit d’une relation passée avec Julie. Du plaisir de jouer ensemble à la nécessité de trouver la bonne distance, le but est un amour qui ne tient que par son style. En fin de discours, l’entraîneur semble résigné à la défaite. D’ailleurs, les plus riches aimeraient rester entre eux et que la coupe d’Europe, pour laquelle il faut chaque année se qualifier, soit remplacée par une ligue fermée.


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Nicolas Decoud, La Patate de Pencran

Nicolas Decoud grandit durant les années 90 dans le sud de la France, où il décide de soutenir le Paris Saint-Germain. Entouré de supporters de l’OM, il encaisse les moqueries et quelques humiliations. Enfant, il admire Bernard Lama, gardien de but à qui il écrit pour lui dire à quel point il est le plus grand et le plus fort, Raí, élégant milieu de terrain brésilien, et Paul Le Guen, à la frappe de balle impressionnante, surnommée la patate de Pencran. En 2012, Nicolas Decoud est casque bleu au Liban quand le PSG, qui appartient désormais au Qatar, recrute Zlatan Ibrahimović. Le club a changé de dimension et vise désormais la victoire en Ligue des champions. L’auteur écrit pudiquement que « tout ne [lui] convient pas dans ce que représente cette petite monarchie du Golfe et dans ce qu’elle projette de faire de ce club ». Pourtant, dans un premier temps, il ne boude pas son plaisir face à l’évolution de l’équipe et ses résultats. En 2017, en huitième de finale de la Ligue des champions, le PSG bat le FC Barcelone 4-0 lors du match aller. Au retour, les Barcelonais, alors entraînés par Luis Enrique[1], l’emportent 6-1. Les supporters parisiens sont humiliés et le terme remontada entre dans le vocabulaire courant des journalistes français. En 2020, en pleine pandémie, c’est dans un stade vide que le PSG perd sa première finale de Ligue des champions, 1-0 face au Bayern Munich.

Vivian Petit


[1] Coach du PSG depuis l’été 2023.