Giuliano Da Empoli

« L’heure des prédateurs » de Giuliano Da Empoli : un monde sombre dans l’abîme

Après le triomphe de son premier roman Le Mage du Kremlin (Gallimard), finaliste du prix Goncourt 2022, le brillant Giuliano Da Empoli revient avec L’heure des prédateurs. Un texte sombre et profond dont le journaliste José Fort conseille la lecture à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la politique… et à l’avenir du monde. Continuer de lire « L’heure des prédateurs » de Giuliano Da Empoli : un monde sombre dans l’abîme

René Char, un poète entre fureur et mystère

René Char, poète et résistant, incarne l’alliance de la fureur et du mystère, deux forces qui façonnent son œuvre et sa lutte face à l’absurdité du monde. Pour Commune, Paul Klotz explore comment, dans un XXe siècle marqué par la barbarie, la poésie de Char devient un acte de résistance, où l’élan vital refuse le cynisme et s’élève vers une quête d’humanité. Continuer de lire René Char, un poète entre fureur et mystère

Vie et amours de cinq adolescents à la fin du Second Empire

Si le succès des Mémoires d’un révolté de Jules Vallès et des Mémoires d’un collégien d’André Laurie témoignent d’un réel intérêt du lectorat des années 1870-1880 relatif aux aventures de la vie scolaire, la voix des écoliers, débarrassée de la fiction, reste longtemps introuvable. Les éditions Classiques Garnier viennent combler cette lacune en publiant la correspondance croisée entre Maurice Bouchor, Félix Bourget, Paul Bourget, Georges Hérelle et Adrien Juvigny. Riche de près de 300 lettres, cette correspondance apporte un éclairage inédit sur la formation intellectuelle et les tourments intimes de jeunes adolescents à l’aube de la IIIe République. Continuer de lire Vie et amours de cinq adolescents à la fin du Second Empire

Franck Delorieux, L'amour entre hommes, Commune

Franck Delorieux : « Les auteurs que j’aime sont comme les amants avec qui je fais l’amour »

Le poète Franck Delorieux signe L’Amour entre hommes dans la poésie française, anthologie publiée chez Seghers. Ce beau livre offre une traversée du désir gay tel qu’une myriade de poètes, obscurs ou glorieux, l’ont chanté. Entretien. Continuer de lire Franck Delorieux : « Les auteurs que j’aime sont comme les amants avec qui je fais l’amour »

Ivo Andrić, l’homme des ponts et des frontières

Il est des écrivains qui, d’un simple regard sur le monde, capturent l’essence d’une époque et d’un territoire. Ivo Andrić est l’un d’eux. Né le 9 octobre 1892 à Dolac, un petit village de Bosnie-Herzégovine, il a, tout au long de sa vie, ainsi érigé des ponts. Entre les cultures, entre l’Orient et l’Occident, entre le passé et le présent. Mais par-dessous tout, des ponts entre les hommes, leurs différences, leurs blessures, leurs histoires inlassablement entrelacées. Continuer de lire Ivo Andrić, l’homme des ponts et des frontières

Maxime Cochard, Les Rois maudits, Maurice Druon

Les Rois maudits de Druon fêtent bientôt leurs soixante-dix ans

L’immense Maurice Druon n’a que peu de cartes dans sa manche pour rester au goût du jour. Ce Résistant, neveu de Joseph Kessel et coauteur avec lui des paroles du magnifique Chant des Partisans n’intéresse guère notre époque. Comment le pourrait-il, lui qui fut un académicien rétif aux « innovations » langagières, un dinosaure archi-conservateur favorable à la peine de mort, un récipiendaire oublié du Prix Goncourt pour son roman Les grandes familles ? C’est méconnaître le monument dont il a publié voici bientôt soixante-dix ans le premier jalon : Les Rois maudits. Continuer de lire Les Rois maudits de Druon fêtent bientôt leurs soixante-dix ans

« Peur » de Dirk Kurbjuweit : autopsie de la misère allemande

Les hommes qui affichent le plus volontiers leurs grands principes, dirait un moraliste morose, sont aussi bien souvent les premiers à les renier. Plus férocement encore, Hegel n’hésite pas à écrire que la belle âme a une face de cadavre. À croire qu’il avait anticipé, deux siècles ou presque avant, sur la mentalité d’une certaine bourgeoisie allemande qui sous un vernis de bonne conscience dissimule, y compris et d’abord à elle-même, ses troubles et ses obsessions. Continuer de lire « Peur » de Dirk Kurbjuweit : autopsie de la misère allemande

In memoriam Guy Goffette, par Hédi Kaddour

Le poète, écrivain et éditeur Guy Goffette, spécialiste de Verlaine et de Rimbaud, nous a quittés ce 28 mars. Son ami Hédi Kaddour, romancier et poète comme lui, lui rend hommage dans Commune en se remémorant quelques émouvants instants partagés. In memoriam Guy Goffette 28 mars 2024 : mort du grand Guy Goffette. Chaque fois qu’on me demande de parler d’un récent défunt, j’ai l’impression d’en … Continuer de lire In memoriam Guy Goffette, par Hédi Kaddour

Dans des romans d’automne, un nouveau mal du siècle en banlieue parisienne…

Lors de l’automne 2023, on a parlé fugitivement de deux romans, écartés des courses aux prix, assurément affaiblis par des défauts visibles de construction ou d’écriture, mais qui s’efforçaient de lier l’univers intime, littéraire, et la sociologie désespérante d’une jeunesse de banlieue à l’abandon, au bord de l’explosion : premier roman, récit d’apprentissage, de Mokhtar Amoudi, Les Conditions idéales chez Gallimard ; roman d’un auteur plus expérimenté, Thomas B. Reverdy, Le grand secours chez Flammarion. Continuer de lire Dans des romans d’automne, un nouveau mal du siècle en banlieue parisienne…

Quelques fleurs de Jean Ristat

Jean Ristat (1943-2023) vient de mourir. D’autres s’efforceront au fil des hommages de prendre la mesure d’une activité littéraire, intellectuelle et politique qui fut toujours au service de la liberté, pour notre ami valeur cardinale avec l’amour – mais c’est, eût-il dit, la même chose.

Commune n’a pas envie à cette heure, au milieu du chagrin, de sortir la chaîne d’arpenteur, de mettre en ordre des événements, de dater les résurrections successives du journal d’Aragon Les Lettres françaises, par exemple, qui constitua l’un des longs combats de Jean Ristat, ou de délimiter des périodes esthétiques, en un mot de réaliser un utile mais froid travail d’histoire littéraire. Nous aurons, hélas, tout le long temps du deuil pour ce faire. D’un poète défunt qui vient, le 8 décembre dernier, de rejoindre la terre de Touraine, au cimetière de Saint-Ouen -les -Vignes, l’on propose ici de rassembler quelques fleurs

Il faut d’abord d’un poète lire et relire les œuvres. Voici, parmi d’autres extraits évidemment possibles, et conçu selon des préférences personnelles absolument assumées, ce qui justifie une admiration : entrons ensemble dans le jardin de Jean. Continuer de lire Quelques fleurs de Jean Ristat

La revue « Europe », tout un siècle de littérature et de création

L’année 2023 marque le centenaire de la grande revue Europe, un anniversaire qui a donné lieu d’une part à un important colloque qui s’est tenu du 26 au 28 janvier à l’Ecole Normale Supérieure, trois journées riches qui ont permis de rappeler les enjeux et l’histoire de la revue, trois journées qui ont permis de montrer des moments précis de la revue mais aussi ses perspectives passées comme présentes. Depuis peu, ces communications sont réunies dans un numéro hors-série, paru au début de l’automne : des actes comme une circulation foisonnante et féconde dans l’histoire d’Europe. Continuer de lire La revue « Europe », tout un siècle de littérature et de création

Raymond Radiguet - Maxime Cochard

Cent ans après Le Diable au corps, l’insolence intacte de Raymond Radiguet

Raymond Radiguet, incroyable météore des lettres françaises, est mort dans la stupeur générale il y a cent ans. Il venait à peine, âgé de vingt ans, de rencontrer un succès fulgurant avec Le Diable au corps. En cette fin d’année, ce double anniversaire Radiguet est marqué par la parution des œuvres complètes de l’auteur chez Grasset, son éditeur d’alors, mais aussi par une remarquable biographie de Julien Cendres et Chloé Radiguet – nièce du romancier – chez Robert Laffont. De quoi briser bien des lieux communs et redécouvrir le talent d’un véritable phénomène, dont la fratrie s’illustra par son engagement communiste et résistant. Continuer de lire Cent ans après Le Diable au corps, l’insolence intacte de Raymond Radiguet

Pour en finir avec l’apocalypse

Avec les ruptures climatiques mondiales, la question écologique s’invite dans la production poétique contemporaine. Rodolphe Perez propose ici une réflexion sur le pouvoir de la poésie face aux discours d’apocalypse à partir de deux recueils récents : La Ruée vers l’ombre d’Arthur Billerey et La Fin du monde de Guillaume Marie et Samuel Deshayes. Continuer de lire Pour en finir avec l’apocalypse

Rire de Sade

Le rire noir de Sade

Au moment où la BNF expose le manuscrit des Cent Vingt Journées de Sodome, il paraît pertinent de réfléchir sur le rire chez Sade qui se révèle grinçant et interroge tous les aspects de la noirceur. Du rire libertin, irréligieux, au rire cruel, féroce et sardonique, Sade, romancier et philosophe, décline un panel nuancé d’émotions. Le rire devient à la fois instrument de pouvoir, séparant ceux qui ont le droit de rire et ceux à qui cela est interdit, et instrument de torture. Autour du rire, victime et bourreau entament une nouvelle danse. Continuer de lire Le rire noir de Sade

« L’amour », histoire d’un couple par François Bégaudeau

L’amour est sobre. Il dure une vie, rencontre seulement des péripéties mineures. Les relations  difficiles, tumultueuses, conflictuelles, traversées par les voyages, les adultères, les tentatives de meurtre et la vaisselle qui vole sont omniprésentes en littérature. L’amour qui court sur les décennies et unit les personnes ordinaires est autant rare en fiction que banale dans le réel. Les rencontres improbables entre personnes de milieu sociaux … Continuer de lire « L’amour », histoire d’un couple par François Bégaudeau

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Lilia Hassaine, Panorama, ou l’avenir entre l’idéal et le cauchemar de la transparence

Il n’y a pas d’école pour devenir romancière ou romancier. Mais il y a des cheminements qui expliquent ce parcours. Lilia Hassaine a fait des études de Lettres, puis elle a fait une carrière de journaliste, observant et commentant sur des plateaux de télévision des images du monde contemporain. Un pied d’abord dans l’imaginaire de la littérature, un autre pied dans la réalité d’aujourd’hui. De … Continuer de lire Lilia Hassaine, Panorama, ou l’avenir entre l’idéal et le cauchemar de la transparence

Sébastien Roch, chef d’œuvre méconnu d’Octave Mirbeau

Octave Mirbeau, l’auteur du Journal d’une femme de chambre et de Dingo, est aussi celui de Sébastien Roch, portrait saisissant d’une troublante modernité. La genèse d’un anti-héros On est dans une petite ville de l’Orne, pendant ces années 1860 où la France a juste commencé çà basculer dans l’industrialisation, sans que les conséquences de cette mutation soient encore perceptibles. Moment aussi où des dernières flambées … Continuer de lire Sébastien Roch, chef d’œuvre méconnu d’Octave Mirbeau

« Les Éclats » de Bret Easton Ellis : un certain moment de l’Empire

Presque quarante ans plus tard, Bret Easton Ellis revient sur cet automne 1981 dans un roman-fleuve, Les Éclats. Autant Moins que zéro était effilé comme une lame, autant Les Éclats se déploie avec une ampleur proustienne, tour à tour scintillante et sombre, et se situe au-delà même de la simple nostalgie pour devenir un livre qui, comme tous les grands livres finalement, est un défi désespéré au Temps. Continuer de lire « Les Éclats » de Bret Easton Ellis : un certain moment de l’Empire