Dominique Barbéris, « Une façon d’aimer » ou l’enchantement d’un rêve évanoui

Depuis Marguerite Duras, on aime les personnages qui tremblent et les histoires d’autant plus envoûtantes qu’elle sont incertaines.

C’est dans cette lignée que se situe le dernier roman de Dominique Barbéris, dont les événements se passent il y a plus d’un demi-siècle, non en Inde ni en Extrême-Orient, mais en Afrique, à Douala, sous un régime colonial que les indépendantistes commencent à contester. Continuer de lire Dominique Barbéris, « Une façon d’aimer » ou l’enchantement d’un rêve évanoui

Le Voyage de Hollande d’Aragon : Un monument poétique sorti de l’oubli

Traversé par les thèmes à la fois lumineux et douloureux associés à l’œuvre connue – l’amour d’Elsa, la difficulté à sauver ce sentiment du temps, de la perte, du mystère insondable de l’autre – Le Voyage de Hollande fait ressentir l’essence même de l’art poétique d’Aragon, son point d’aboutissement, son expression lyrique et technique la plus maîtrisée, la plus haute. Continuer de lire Le Voyage de Hollande d’Aragon : Un monument poétique sorti de l’oubli

Une vie avec Mauriac

Dès qu’un homme politique prend la plume pour quoi que ce soit d’autre qu’un ouvrage programmatique avant une élection, la plus vive méfiance est de rigueur. Qu’un ministre en exercice, comme on l’a vu tout récemment, commette un roman érotique, le mépris de la fonction ministérielle s’ajoute à la faute de goût des pages impudiques. Et, comme plus souvent, qu’un politicien publie une biographie, bien souvent le sujet aura été choisi pour immodestement suggérer une certaine proximité de destin. Continuer de lire Une vie avec Mauriac

L’ambre de la mémoire : Constantin Cavafis

L’audace de la poésie de Cavafis ne tient pas toute dans la vision, aussi nette que délicate, des désirs et des corps ; elle parvient au plus profond scandale de toute grande poésie, et au décentrement que cette dernière impose toujours aux hiérarchies qui prétendent déterminer l’essentiel de l’accessoire, le passager et le durable, l’éphémère et l’éternel. Continuer de lire L’ambre de la mémoire : Constantin Cavafis

Bruno Le Maire « excité comme jamais » : mauvais procès pour un mauvais auteur

On pourrait presque se réjouir que, brutalement, la France entière se cabre et s’indigne à propos d’un roman, du geste d’écrire, des registres de langue et de style littéraire. Le mérite en revient à notre ministre de l’économie, le grisâtre Bruno Le Maire. Son dernier livre, Fugue américaine — que nous n’avons pas lu — contient une page érotique d’une exceptionnelle nullité. De quoi déchaîner les passions, et finalement faire fleurir des commentaires tout aussi médiocres que le style ministériel. Continuer de lire Bruno Le Maire « excité comme jamais » : mauvais procès pour un mauvais auteur

Édition, censure et logique de marché : Le cas exemplaire de Roald Dahl  

Après la mort de Roald Dahl, survenue en 1990, son éditeur Puffin, filiale de la célèbre maison d’édition Penguin Random House, a acquis l’intégralité des droits sur l’ensemble de son œuvre. Penguin a été rachetée à son tour par Netflix, géant états-unien de la communication basé à la Silicon Valley. On n’en finirait pas d’énumérer les possessions de Netflix : un monstre en comparaison duquel ceux de Dahl font piètre figure. Bref, l’œuvre de Dahl est devenue une marchandise et son nom une marque. Continuer de lire Édition, censure et logique de marché : Le cas exemplaire de Roald Dahl  

Redécouvrir Tarass Chevtchenko, poète ukrainien

La réédition chez Seghers d’un choix de poèmes de Tarass Chevtchenko sous un nouveau titre, « Notre âme ne peut pas mourir », permet de redécouvrir l’œuvre du plus grand poète romantique ukrainien, l’un de ceux – après Ivan Kotliarevsky et Grigori Kvitka-Osnovianenko – à avoir fixé la langue ukrainienne littéraire en élaborant son alphabet. Pourquoi redécouvrir ? Parce que ce recueil, traduit par Eugène Guillevic (avec l’aide de Wladyslaw Pelc), présenté par Maxime Rilsky et Alexandre Deitch, aujourd’hui préfacé par André Markowicz, date… de 1964. Continuer de lire Redécouvrir Tarass Chevtchenko, poète ukrainien

Marx et la littérature romantique du XIXe siècle

Comme on le sait, Marx étudia à fond les auteurs romantiques alors qu’il était étudiant à Bonn, et pendant ses premières années à l’Université de Berlin, lisant avec application leurs œuvres dans tous les domaines : économie, histoire, droit, littérature et art. Ses essais poétiques de jeunesse, antérieurs à 1837, c’est-à- dire avant Hegel, appartiennent directement à l’école romantique. En même temps, personne ne fut plus que Marx adversaire des romantiques. Quand, Continuer de lire Marx et la littérature romantique du XIXe siècle

Les Adieux d’Aragon : un admirable tremblement du temps

« Aragon vivant ». Le recueil ne saurait se résumer à un long thrène. Ce sont notamment les « autres poèmes » qui illuminent le volume ; singulièrement autour de figures de peintres : Chagall, Klee, Maline, Masson et Picasso. Laissons au lecteur la découverte de ces pages, mais arrêtons-nous néanmoins sur « Celui qui dit les choses sans rien dire », cycle de vingt-cinq poèmes qui célèbrent Chagall, et sur la « Cantate à André Masson ». Continuer de lire Les Adieux d’Aragon : un admirable tremblement du temps

Le scandale du siècle (Grasset) : Gabriel Garcia Márquez journaliste

Márquez fut journaliste, longtemps, assidument, et l’on peut penser que cette activité régulière n’a pas été sans conséquences, pour lui comme pour d’autres écrivains, sur une écriture pour laquelle les contraintes rédactionnelles propres à la presse peuvent être une bonne école. Continuer de lire Le scandale du siècle (Grasset) : Gabriel Garcia Márquez journaliste

« Et par le pouvoir d’un mot », destin d’un poème français par Xavier Donzelli

Il arrive qu’un poème échappe à son auteur. Quelques vers griffonnés sur une page de papier millimétré qui font brusquement corps avec les espoirs et les tragédie d’un siècle. Liberté de Paul Éluard appartient sans conteste à cette race de poèmes. Continuer de lire « Et par le pouvoir d’un mot », destin d’un poème français par Xavier Donzelli

Real Life, Un premier roman d’apprentissage intense et politique

Dans ce premier roman très politique dont la sortie a été saluée par la critique, Taylor réserve à l’intersectionnalité le sort qu’elle mérite : si femmes blanches et les gays blancs sont en pointe sur leur combat féministe et LGBT, un doctorant Noir transfuge de classe ne rentre définitivement pas dans leur équation. Continuer de lire Real Life, Un premier roman d’apprentissage intense et politique